Introduction par Régine Tassi - 12.3 Mo

Scier les sept piliers du néolibéralisme



Introduction du Manifeste altermondialiste : Construire un monde solidaire, écologique et démocratique.

Depuis le début des années 1980, nous sommes entrés dans une nouvelle ère du capitalisme : celle du néolibéralisme, c’est-à-dire du projet de destruction systématique de toutes les limites, politiques, sociales et écologiques à l’activité du capital. Ses méthodes sont bien connues : marchandisation généralisée, liberté d’action des patronats et des investisseurs, extension à l’ensemble de la planète du terrain de chasse des entreprises transnationales.

Les objectifs du néolibéralisme sont sans équivoque : donner toujours plus de poids aux propriétaires du capital dans le rapport de force, déjà très inégal, avec les salariés. Le néolibéralisme se nourrit, en même temps qu’il les engendre, des fortes inégalités entre catégories sociales, entre pays et également entre hommes et femmes – les bas salaires, comme on le sait, étant majoritairement féminins. Lorsque le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale imposent aux pays endettés le démantèlement des services publics – en matière d’éducation, de santé, de garde des enfants, de cantines, etc. –, ce sont les femmes qui jouent le rôle d’« amortisseur social » : en plus de leur activité quotidienne, elles sont contraintes d’assumer les tâches qui ne sont plus prises en charge par la collectivité. Enfin, le néolibéralisme promeut des comportements individuels renvoyant à l’image sociale de la virilité – course au pouvoir et à l’argent, compétition et agressivité –, au détriment de valeurs telles que la solidarité et la coopération.

La mise en oeuvre du néolibéralisme passe par une discipline supplémentaire imposée aux travailleurs, par la pression sur leur pouvoir d’achat, par le démantèlement des protections sociales et, corollairement, par la distribution éhontée de revenus exorbitants aux plus favorisés : hauts gestionnaires, actionnaires et créanciers. Dans le système productif, une nouvelle hiérarchie s’est instaurée entre les groupes géants et les petites et moyennes entreprises (PME), bien souvent sous-traitantes, fragilisées. La cascade des donneurs d’ordre a dilué la responsabilité sociale et écologique des grandes sociétés. Certes, l’extension internationale du champ d’action de ces sociétés est un processus antérieur au néolibéralisme, mais celui-ci lui a donné une violence renouvelée. Les multinationales françaises, telles Carrefour, Suez, Vivendi, Véolia, EDF ou France Telecom, comptent parmi les plus agressives. En matière agricole, le productivisme à tous crins et l’introduction d’espèces génétiquement modifiées ruinent l’agriculture paysanne, détruisent l’environnement et portent atteinte à la biodiversité.

Le nouvel ordre social mondial est inséparable du durcissement du rapport de force entre les pays les plus riches, États-Unis en tête, et les pays pauvres, souvent très endettés. Les États- Unis siphonnent largement les épargnes des autres pays et les investissent chez ceux d’entre eux où des profits considérables peuvent être réalisés. L’Europe aspire à partager ce statut privilégié de prédateur, mais elle y parvient avec moins d’efficacité. Des pays dits « émergents », comme la Chine et l’Inde, entrent dans la ronde de cette nouvelle économie mondiale en bradant le travail de leur main-d’oeuvre et en exacerbant ainsi la concurrence avec les salariés du « premier monde ». Ces derniers, soumis au chantage à l’emploi, se retrouvent le dos au mur pour préserver des avancées sociales conquises de haute lutte au cours des décennies passées. Loin de constituer une protection contre cette spirale à la baisse, les politiques de l’Union européenne contribuent à l’accélérer, tant en son sein que dans le reste du monde.

L’endettement contracté par nombre d’États de ce qu’on appelait autrefois le « tiers-monde » – quand ceux du « socialisme réel » en formaient le deuxième – est devenu un fardeau insupportable du fait de la hausse formidable des taux d’intérêt imposée par les États-Unis à partir de 1979. Cette dette, pourtant déjà remboursée plusieurs fois, est utilisée comme levier par le FMI et la Banque mondiale pour faire passer ces pays sous les fourches caudines de l’ordre néolibéral.

Nous avons identifié sept piliers fondamentaux, non pas de la sagesse, mais du néolibéralisme. Ce sont ces sept piliers que nous devons scier pour construire un monde solidaire, écologique et démocratique.



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