VI La coopération contre la guerre permanente et les politiques sécuritaires



L’« économie de prédation » des grandes puissances trouve son prolongement dans la « guerre per­manente » pour le contrôle des ressour­ces naturelles, notamment énergétiques. Mais cet usage de la guerre est d’abord l’expression d’une volonté de domination beaucoup plus générale. Les États des pays les plus puissants, pour l’essentiel regroupés dans l’OTAN sous la houlette de Washington, sont le bras armé, non pas d’une « main invisible », mais des intérêts des sociétés transnationales et des classes qui les régissent.

Pour satisfaire leurs appétits illimi­tés, les grandes puissances et leurs alliés régionaux, s’appuient sans vergogne sur des courants rétrogrades ou des régimes politiques réactionnaires. Elles favorisent la montée des intégrismes religieux et le développement d’un terrorisme qu’elles ont antérieurement encouragé, tout en pra­tiquant elles-mêmes le terrorisme d’État chaque fois qu’elles le jugent nécessaire.

Le néolibéralisme n’a évidemment pas inventé ces pratiques d’intervention aux quatre coins de la planète, qui mo­bilisent toutes les formes de la violence, la corruption, la subversion ou la guerre, mais il les a systématisées. Si le rôle des États-Unis est central dans cette situation de confrontation dramatique, et dans l’accélération du militarisme en général, on ne doit cependant pas occulter celui des autres grands pays, notamment de la France, et des élites des États fortement militarisés qui aspirent à partager les bénéfices de la mondiali­sation néolibérale.

La montée des intégrismes et des fanatismes que provoque la mondialisa­tion libérale est utilisée pour justifier le renforcement des politiques sécuritaires dans les pays riches. Le néolibéralisme produit ainsi lui-même les dangers qu’il prétend combattre par la militarisation. L’exemple de l’Irak est à cet égard aveu­glant de clarté.

Dans cette situation, la politique étran­gère de l’Europe est impuissante. L’UE est incapable de « parler d’une seule voix » sauf sur de plus petits dénomi­nateurs communs. Son élargissement de 15 à 27 a considérablement renforcé le pouvoir des États-Unis en son sein par le biais, notamment, de l’élargissement de l’OTAN. Toute initiative de politique étrangère qui n’aurait pas l’assentiment préalable de Washington est immédiate­ment bloquée par une coalition majoritai­re des gouvernements les plus atlantistes. De ce fait, la parole de l’UE n’est guère audible, et encore moins entendue dans les grands dossiers internationaux autres que commerciaux.

La solidarité internationale ne saurait s’accommoder des tensions et guerres en­tretenues par les grandes puissances pour le contrôle économique, politique et culturel du monde. Les dangers induits par ce dé­veloppement des conflits, l’immensité des besoins élémentaires qui restent à couvrir du côté des plus démunis, et le gaspillage frénétique des ressources du côté des plus aisés, exigent la mise en oeuvre urgente de nouvelles formes de coopéra­tion économique et politique internationale. Cette coopération doit être fondée sur la re­connaissance du droit des peuples à décider de leur destin, sur le principe de l’égalité des droits d’accès aux ressources et aux biens communs, et sur la reconnaissance de la diversité de leur manière de produire.

Ces accords de coopération supposent comme préalable l’annulation de la dette publique du Sud, avec comme seule con­dition la réorientation des fonds rendus disponibles vers des projets assurant les droits élémentaires des peuples : droit à la sécurité et à la souveraineté alimentaires, droit à la santé, à l’éducation, préserva­tion des biens communs et droit à un en­vironnement sain.

Mesures

90. Garantie de la libre circulation des personnes au niveau international.

91. Promotion, notamment par la protection aux importations, d’une agriculture diversifiée et adaptée au territoire national, avec des circuits courts entre producteurs et consommateurs ; interdiction des cultures d’OGM en plein champ ; réorientation de la recherche agronomique au profit d’une agriculture réellement durable, en particulier l’agriculture biologique. Reconnaissance du droit à la terre des populations paysannes face à la grande propriété terrienne. Financement des politiques de réforme agraire.

92. Restitution au budget des États d’origine des sommes détournées par les dictateurs et dirigeants corrompus du reste du monde, investies en Europe, et qui ont contribué à l’alourdissement de la dette de leur pays d’origine. Contrôle citoyen des fonds restitués, de l’aide et de l’annulation de la dette.

93. Augmentation de l’aide publique au développement des pays du Sud par l’UE et par ses États membres pour atteindre une moyenne de 0,7% du produit intérieur brut des Vingt-Sept dans les cinq ans.

94. Création, par l’UE, d’un fonds spécial pour le rétablissement, la création ou le renforcement des services publics (notamment de l’eau, de l’éducation et de la santé) dans les pays en développement, en coopération avec les services publics des États membres.

95. Mise en place, sous l’égide de l’ONU, d’un programme international de réduction drastique des productions d’armes de toutes sortes et des budgets militaires ; lutte contre le trafic d’armes ; interdiction de l’usage des technologies de destruction massive : nucléaire, bactériologique et chimique.

96. Retrait de la France de l’OTAN et refus des logiques militaristes et sécuritaires de la Politique européenne de sécurité et de défense. Résiliation des accords militaires de la France avec les pays africains. Renforcement de la législation en vigueur pour lutter contre le mercenariat et les trafics d’armes.

97. Fermeture des bases militaires à l’étranger de pays membres de l’UE et fermeture de toutes les bases militaires américaines dans l’UE.