V Une sécurité économique et sociale face au pouvoir des actionnaires



Dans les entreprises, le grand tour­nant des années 1980 a entraîné un recentrage des objectifs de gestion au service exclusif des actionnaires. Il a abouti à un nouveau partage de la richesse produite entre salaires et profits, beau­coup plus défavorable aux travailleurs. Les rémunérations astronomiques versées aux managers ont scellé leur alliance avec les actionnaires.

Les exigences de la rentabilité, souvent à court terme, voire immédiate, renforcées par la financiarisation du capitalisme, percutent de plein fouet les sociétés. Le « marché » du travail est désormais celui de l’emploi précaire et flexible ; l’emploi n’est pas une fin, mais une variable qui doit s’ajuster aux exigences de profit ; il est dévalorisé qualitativement et quan­titativement.

Les femmes sont considérées comme un réservoir de main d’oeuvre à bon mar­ché ; elles sont utilisées ou renvoyées chez elles au gré des besoins des entreprises, avec, notamment, le travail à temps par­tiel comme forme d’emploi reposant sur l’inégal partage des charges familiales entre les sexes. Le chômage conduit les travailleurs à accepter des emplois de plus en plus précarisés, correspondant souvent à des activités qui menacent leur santé. Les délocalisations vers les pays à main d’oeuvre à bon marché et socialement peu protégée, concourent au nivellement par le bas des systèmes sociaux.

Face à cette situation, une politique voulant rompre avec le néolibéralisme devrait se fixer comme objectifs une ré­duction des inégalités, la mise en oeuvre de droits nouveaux et une rééquilibrage, en faveur des salariés, de la répartition de la richesse produite dans les entreprises.

Mesures

 :: Commençons par la France…

76. Fixation d’un écart maximal entre les revenus des gestionnaires des entreprises et ceux des salariés les moins rémunérés. Interdiction de l’indexation de ces salaires sur les cours boursiers. Suppression des options sur titres (stock-options).

77. Surtaxation des bénéfices distribués aux actionnaires et diminution de l’imposition des bénéfices réinvestis localement. Interdiction des licenciements boursiers par des entreprises en bonne santé financière.

78. Partage du travail entre tous et toutes par la réduction du temps de travail ; soutien aux initiatives de relocalisation des activités ; création d’emplois pour la reconversion des activités (énergies renouvelables par exemple) ; création d’emplois dans le secteur non marchand et dans celui de l’économie sociale et solidaire pour répondre aux besoins sociaux.

79. Répartition équitable des revenus : limitation des écarts de salaires dans les entreprises et égalité hommes-femmes pour un travail équivalent, revalorisation et reconnaissance des qualifications des métiers dits féminins par la révision des conventions collectives.

80. Mesures d’augmentation de salaires pour les femmes, à titre de réparation des discriminations subies, à déterminer sur la base de l’analyse des inégalités salariales. En moyenne, la part de l’écart de salaires entre hommes et femmes due à une pure discrimination est estimée à 5%, valeur reconnue par le Medef dans l’accord interprofessionnel de 2004.

81. Revenu garanti, avec deux types d’options possibles qui restent en débat au sein d’Attac :
- dans le cadre d’une politique visant au plein emploi, revenu garanti en cas de chômage et, de manière générale, pour tout demandeur d’emploi ;
- revenu garanti sans condition pour assurer l’autonomie de chacun, le plein emploi n’étant pas un objectif en tant que tel.

82. Rattachement des droits sociaux à la personne et non à la situation professionnelle.

83. Interdiction de toute embauche à temps partiel et de toute transformation de temps complet en temps partiel à l’initiative de l’employeur et contre le voeu de la salariée ou du salarié. Pénalisation financière des entreprises qui emploient à temps partiel.

 :: …Et poursuivons à Vingt-sept

84. Instauration, dans tous les pays de l’UE, d’un salaire minimum calculé en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) par habitant, avec un échéancier de convergence par le haut et une clause de non régression protégeant les niveaux les plus élevés.

85. Reconnaissance du droit de grève européen et interdiction du lock-out.

86. Renégociation de la directive sur les comités d’entreprise européens (CEE) afin de donner à ces derniers des pouvoirs accrus. Présence obligatoire de représentants des salariés dans les conseils d’administration des groupes européens.

87. Instauration, au niveau européen, de la notion d’« unité économique et sociale » pour rendre les entreprises donneuses d’ordres responsables des salariés de leurs entreprises sous-traitantes, et pour garantir à tous les mêmes droits.

88. Renégociation de la directive 96/71/CE (droit du travail) et du règlement 1408/71 de coordination des régimes de Sécurité sociale concernant les travailleurs détachés, pour en renforcer les obligations de respect des normes d’emploi du pays d’accueil. Refus catégorique du principe du pays d’origine.

89. Garantie de l’accès à ces droits sociaux et mise en place des instruments de leur justiciabilité.