II Une planète durable car la nature n’est ni un réservoir inépuisable ni un dépotoir



Pour les néolibéraux, la nature est un stock dans lequel on peut puiser sans limites, et une décharge publi­que dans laquelle on jette tout ce qui est devenu obsolète.

Un réservoir et un dépotoir. La crise écologique se manifeste de multiples ma­nières : épuisement des ressources non re­nouvelables, dérèglement climatique, accu­mulation de déchets toxiques, menaces de pandémies, nappes phréatiques polluées, réduction de la diversité biologique…

Les politiques néolibérales ont eu pour effet d’accélérer la dégradation de l’écosystème par l’explosion des trans­ports polluants de marchandises et la dé­forestation massive. Elles ont généralisé l’appropriation du savoir par des droits de propriété intellectuelle et de brevetage du vivant, et elles ont organisé la capture, par quelques firmes transnationales, des biens communs mondiaux – comme l’eau ou les semences – rendus inaccessibles aux plus pauvres.

Et ce sont les pays les plus démunis qui en paient le prix fort : d’un côté, ac­caparement des ressources naturelles et de la biodiversité par les multinationales du Nord ; de l’autre, « accueil » des déchets polluants et dangereux, et surexposition aux changements climatiques.

Les catastrophes écologiques résultent des choix productivistes et de la priorité donnée aux profits dans l’orientation de l’économie. Comme elles menacent la possibilité d’une vie humaine sur la planète, la conscience que nous habitons un monde « fini », épuisable, doit com­mander les choix collectifs. Il n’y a pas de remède miracle. L’épuisement des énergies non renouvelables ne saurait, par exemple, être compensé en transfor­mant les terres cultivables et la production vivrière des pays du Sud en chantiers de production d’agro-carburants, sous la forme de plantations en monoculture à une très grande échelle.

Le désastre écologique ne s’exporte pas. Il est inacceptable que, pour s’ac­quitter de leurs obligations en matière de droits à polluer dans le cadre du protocole de Kyoto, les pays les plus avancés finan­cent, par des « partenariats public-privé », des « puits de carbone » dans les pays du Sud, transformant ainsi ces pays en récep­tacles de carbone émis ailleurs, après y avoir déjà accumulé nombre d’autres dé­chets. L’illusion d’une croissance écono­mique infinie, entretenue par la logique de l’accumulation du capital, s’effondre.

C’est un modèle de développement totalement nouveau, fondé sur la recon­naissance de biens communs et sur la né­cessité d’engager des économies d’énergie qui, de toute urgence, doit être promu pour l’ensemble de la planète, avec une juste répartition des contraintes entre le Nord et le Sud, intégrant la dette écologique que le Nord a contractée vis-à-vis du Sud. C’est le contenu même de la richesse et des productions qui doit être redéfini afin de concilier, d’une part, l’équilibre écolo­gique et, d’autre part, un vaste ensemble de droits, comme les droits à l’emploi, à la protection sociale et à l’éducation, à la santé et à un environnement sain. Pour cela, il faut donner un nouveau sens au travail et à la consommation, associé à une plus juste répartition des produits. Il s’agit véritablement d’un enjeu de civilisation.

Mesures

29. Création d’une Organisation mondiale de l’environnement dans le cadre des Nations unies.

30. Reconnaissance et réparation de la dette écologique des pays les plus développés, ainsi que du pillage des ressources des pays dominés.

31. Interdiction du brevetage du vivant et abrogation de la directive européenne 98-44 CE qui l’autorise.

32. Prise en compte des risques environnementaux dans les politiques de santé publique. Obligation de recherche des risques et extension à l’ensemble des produits chimiques du règlement européen REACH (« Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques ») visant à responsabiliser les entreprises chimiques européennes sur la toxicité des substances qu’elles produisent et commercialisent. Création d’une législation internationale sur la toxicité des produits.

33. Création d’un programme mondial pour lutter contre la pandémie du sida et les maladies tropicales. Ce programme, géré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sera financé par une taxe spécifique sur les industries pharmaceutiques.

34. Application du protocole de Carthagène, qui permet d’interdire l’importation de semences et d’animaux transgéniques, et de maintenir les organismes génétiquement modifiés (OGM) en milieu strictement confiné pour des applications de recherche fondamentale ou pour des usages médicaux ; application de la Convention sur la diversité biologique (1992) ; application de la Convention de Bâle (1993) sur les mouvements transfrontaliers et l’élimination des déchets.

35. Taxation des transports prenant en compte leurs coûts écologiques « externalisés ». Pour l’industrie, fiscalité différenciée sur les produits en fonction de leurs caractéristiques et des économies qu’ils permettent de réaliser : énergie, emballages, qualité et durée de vie.

36. Mise en oeuvre d’un programme de développement des énergies renouvelables avec pour objectifs : la diminution de la consommation énergétique et la création de nouveaux emplois ; des économies drastiques dans le transport et dans l’habitat. Initiative internationale de l’UE pour diviser par 4 d’ici 2050 la consommation d’énergies fossiles dans les pays développés, et par 10 les émissions de gaz à effet de serre. Financement d’un programme de réduction du transport routier.